Médecin : contester un avis Google sans trahir le secret médical

    Un médecin ne se défend pas comme un commerçant. Face à un avis injuste, il ne peut ni confirmer qu'une personne est sa patiente, ni évoquer un diagnostic ou un traitement. Cette page explique quels avis peuvent réellement être contestés, comment rassembler des éléments sans rompre le secret médical et comment répondre publiquement sans vous mettre en difficulté.

    Publié par la rédaction avis24 · Mis à jour le · 10 min de lecture

    Un avis Google visant un médecin peut-il être supprimé ?

    Oui, mais seulement s'il enfreint le règlement de Google ou la loi : avis d'une personne qui n'a jamais eu affaire au cabinet, imputation fausse d'une faute médicale, injure, conflit d'intérêts ou divulgation d'informations personnelles. Un avis négatif mais sincère, sur l'attente ou l'accueil par exemple, ne peut pas être retiré.

    La difficulté propre aux médecins tient moins aux règles de Google, identiques pour tous les établissements, qu'à la manière de se défendre. Là où un restaurateur peut produire un ticket de caisse ou expliquer publiquement ce qui s'est passé, vous êtes tenu au secret médical. Chaque démarche doit donc être construite pour ne rien révéler de la relation de soins, ni de son existence.

    Pourquoi le secret médical complique votre défense

    Le secret médical couvre bien plus que le diagnostic : il porte sur tout ce que le médecin a appris, vu ou compris dans l'exercice de sa profession, y compris le simple fait qu'une personne l'a consulté. Un patient qui raconte lui-même sa consultation sur Google ne vous délie pas de ce secret. Sa publication ne vous autorise pas à rectifier les faits en public.

    Concrètement, une réponse du type « Vous êtes venue pour une sinusite, je vous ai prescrit ce qui convenait » constitue une violation du secret, même si elle est exacte et mesurée. De même, répondre « Je ne vous ai jamais reçu » à un avis, puis rester vague sur un autre, revient à confirmer indirectement que le second auteur est bien un patient.

    Des règles de communication encadrées par la déontologie

    Les règles déontologiques des médecins encadrent aussi leur communication publique : elle doit rester loyale, mesurée et dépourvue de caractère commercial. Une réponse agressive, ironique ou qui met en cause l'auteur peut vous être reprochée indépendamment du contenu de l'avis. En cas de doute sur une formulation, votre conseil départemental de l'Ordre peut vous orienter.

    Les données de santé, des données sensibles

    Au regard du RGPD, les données relatives à la santé appartiennent aux catégories particulières de données, dont le traitement est strictement encadré. Toute information de santé que vous publieriez sur une personne identifiable vous exposerait, en plus des règles déontologiques, à un risque au titre de la protection des données.

    Les situations rencontrées en cabinet, une par une

    Attente, retard, difficulté à obtenir un rendez-vous

    C'est le motif le plus courant, et le moins contestable. Une personne qui a attendu une heure en salle d'attente ou qui n'a pas réussi à joindre le secrétariat a eu une expérience réelle. Son avis reste légitime, même formulé sèchement. Seuls les débordements (insultes, propos discriminatoires, menaces) peuvent justifier un signalement.

    Refus d'arrêt de travail, d'antibiotiques ou de certificat

    Un refus médicalement justifié suscite parfois un avis une étoile accusant le médecin d'« incompétence » ou de « mépris ». L'appréciation négative est une opinion et reste en ligne. En revanche, si l'avis vous prête des propos que vous n'avez pas tenus ou un comportement précis et faux (« il m'a demandé de l'argent en liquide pour me faire un arrêt »), il bascule vers l'imputation de faits, qui peut relever de la diffamation.

    Accusation d'erreur médicale

    « Le traitement ne m'a pas soulagé » est un ressenti. « Ce médecin a raté un cancer évident et l'a reconnu devant moi » est une accusation de fait. La frontière entre critique légitime et diffamation se joue là : un fait précis, vérifiable, qui porte atteinte à votre honneur ou à votre considération professionnelle. Une décision récente concernant un médecin qualifié de « charlatan » à la suite d'une erreur de diagnostic alléguée est présentée sur notre page de jurisprudence sur les avis Google. Elle illustre l'analyse du juge, sans préjuger d'un autre dossier.

    Avis d'une personne qui n'a jamais consulté

    Proches mécontents d'une décision médicale, voisins du cabinet, internautes réagissant à une polémique : ces auteurs n'ont souvent eu aucune interaction avec vous. Google exige que l'avis repose sur une expérience réelle. Attention toutefois : un accompagnant présent en consultation ou une personne qui a appelé le secrétariat a bien eu une interaction. Notre guide sur l'avis d'un non-client détaille cette nuance.

    Secrétaire, assistante ou remplaçant nommés

    Mentionner le prénom d'une secrétaire n'est pas interdit en soi. L'avis devient contestable lorsqu'il la vise personnellement de façon injurieuse ou harcelante, lui impute des faits précis et faux, ou divulgue des informations la concernant (nom complet associé à des éléments de vie privée, coordonnées). La secrétaire peut alors, elle aussi, faire valoir ses propres droits.

    Homonymes et confusions de cabinet

    Deux médecins portant le même nom dans la même ville, une maison de santé dont la fiche regroupe plusieurs praticiens, un ancien locataire des locaux : l'avis vise parfois un autre professionnel. Ce type d'erreur se démontre souvent sans toucher au secret, par la spécialité, l'adresse ou un acte que vous ne pratiquez pas.

    Contestable ou non : la synthèse

    Avis Google visant un médecin : situations courantes, possibilité de contestation et éléments à réunir
    SituationContestable ?Fondement / ce qu'il faut établir
    Plainte sur l'attente ou l'accueil, sans excèsNonOpinion sur une expérience réelle
    Mécontentement après un refus d'arrêt ou d'ordonnanceNon, sauf faits inventésL'appréciation reste libre ; un fait précis et faux peut être diffamatoire
    Accusation précise de faute ou de comportement malhonnêteOui, si les faits sont fauxDiffamation : fait précis, personne identifiable, absence de base factuelle
    « Charlatan », « boucher », insultes sans fait précisSouventInjure ; contenu offensant au sens du règlement Google
    Auteur sans aucune interaction avec le cabinetOuiAbsence d'expérience réelle ; incohérences démontrables sans données patients
    Avis destiné à un homonyme ou à un autre praticienOuiContenu hors sujet : spécialité, adresse ou acte incompatibles
    Secrétaire nommée et dénigrée personnellementSelon le contenuHarcèlement, injure, informations personnelles
    Avis publié par un confrère ou un ancien collaborateurOuiConflit d'intérêts ; voir avis d'un concurrent

    Réunir des éléments sans rompre le secret

    Vous pouvez vérifier en interne si le nom de l'auteur, ou une variante, figure dans votre agenda ou vos dossiers sur la période évoquée. Cette vérification vous sert à décider s'il y a matière à contester. Elle ne doit être ni publiée, ni jointe à un signalement : envoyer une capture d'agenda à Google, même pour prouver une absence, expose les noms d'autres patients.

    Les éléments utilisables sont ceux qui ne disent rien de vos patients :

    • les incohérences entre l'avis et votre exercice : jour de fermeture, acte que vous ne pratiquez pas, spécialité différente, configuration des locaux ;
    • les captures datées de l'avis et du profil de l'auteur, avec ses autres contributions (par exemple des avis laissés le même jour sur plusieurs cabinets) ;
    • les signes d'une campagne : plusieurs avis rapprochés, au vocabulaire similaire, après un événement extérieur au soin ;
    • les liens éventuels entre l'auteur et un confrère ou un ancien salarié, établis à partir d'informations publiques.

    Si une action en justice devient nécessaire, la question de la preuve d'une relation de soins se pose différemment et doit être examinée avec un avocat. Il ne vous appartient pas de lever le secret de votre propre initiative pour vous défendre en ligne.

    Répondre publiquement sans rien révéler

    La meilleure réponse d'un médecin est une réponse que vous pourriez publier sous n'importe quel avis, qu'il émane d'un patient ou non. Elle ne confirme ni n'infirme aucune consultation, ne commente aucun soin et renvoie vers un échange privé. Par exemple :

    « Tenu au secret médical, je ne peux pas commenter publiquement une situation individuelle, ni confirmer qu'une personne a consulté au cabinet. Si vous souhaitez en parler, le secrétariat reste à votre disposition. »

    Utilisez la même formule, ou une variante très proche, pour tous les avis sensibles : c'est ce qui la rend neutre. Évitez de répondre à chaud, de relever des contradictions ou d'évoquer la personnalité de l'auteur. Nos conseils généraux pour répondre à un avis négatif s'appliquent, avec cette contrainte supplémentaire.

    Fiche créée sans votre accord ou mal attribuée

    De nombreuses fiches de médecins sont créées par des internautes ou générées automatiquement par Google. Vous pouvez en revendiquer la propriété pour la gérer : corriger les horaires, répondre aux avis, signaler ceux qui posent problème. En revanche, obtenir la fermeture de la fiche d'un professionnel en exercice n'est en général pas possible par les outils de Google, qui considère qu'elle informe le public.

    Certaines juridictions ont ordonné la suppression d'une fiche non sollicitée sur le fondement du RGPD, d'autres ont refusé : la question reste discutée et relève d'une analyse juridique au cas par cas. Les décisions connues sont détaillées sur la page de jurisprudence citée plus haut.

    Ce qui restera en ligne

    Mieux vaut le savoir avant d'engager du temps : un avis sur un temps d'attente, un ton jugé froid, des dépassements d'honoraires ou un refus de prescription, exprimé sans insulte ni fait inventé, ne sera pas retiré. Il en va de même d'un avis sévère sur une consultation qui a bien eu lieu, même si vous estimez avoir agi selon les règles de l'art. Proposer une contrepartie en échange du retrait est par ailleurs interdit par Google.

    Pour ces avis, la réponse neutre décrite plus haut et l'accumulation d'avis authentiques restent les seuls leviers.

    Comment avis24 accompagne les médecins

    Vous nous transmettez le lien de l'avis, sans aucune information sur vos patients. Nous l'analysons gratuitement et vous répondons par écrit, avec une évaluation de chaque avis : contestable ou non, et sur quel fondement. Si vous nous mandatez, nous présentons la demande à Google par ses canaux officiels ; lorsque le contenu semble illicite, le dossier peut être confié, avec votre accord, à un avocat partenaire indépendant. avis24 n'est pas un cabinet d'avocats.

    Vous ne payez que si l'avis est effectivement supprimé : voir nos tarifs. Pour soumettre un avis, utilisez le formulaire d'analyse gratuite.

    Questions fréquentes

    Puis-je écrire à Google que l'auteur n'a jamais été mon patient ?

    Indiquer que vous ne retrouvez aucune interaction avec l'auteur ne révèle pas d'information sur un patient, mais restez sobre et ne joignez aucun extrait d'agenda ou de dossier. Appuyez-vous plutôt sur les incohérences visibles dans l'avis lui-même. En cas d'hésitation, demandez conseil à votre Ordre ou à un avocat.

    Le patient a lui-même raconté sa consultation : puis-je rectifier les faits ?

    Non. Le fait que l'auteur dévoile des éléments de sa prise en charge ne vous autorise pas à en parler publiquement. Votre réponse doit rester générale et inviter à un échange privé.

    Un avis me traite d'incompétent après un refus d'arrêt de travail. Est-il contestable ?

    En général non : c'est une opinion sur une expérience réelle. Il ne devient contestable que s'il contient des insultes caractérisées ou vous prête des faits précis et faux, comme une demande d'argent ou des propos que vous n'avez pas tenus.

    Ma fiche Google a été créée sans mon accord. Puis-je la faire supprimer ?

    Vous pouvez la revendiquer pour la gérer. Sa fermeture est en général refusée par Google pour un professionnel en exercice. Quelques décisions de justice l'ont ordonnée sur le fondement du RGPD, d'autres non : c'est une démarche juridique incertaine, à examiner avec un avocat.

    Dans une maison de santé, qui peut contester un avis visant un confrère ?

    Le gestionnaire de la fiche peut signaler l'avis, mais le praticien visé est le mieux placé pour apprécier s'il est fondé et, le cas échéant, agir en diffamation. Mieux vaut convenir à l'avance de la façon de traiter ces avis entre associés.

    Combien de temps ai-je pour agir contre un avis diffamatoire ?

    En matière de diffamation publique, l'action se prescrit en principe par trois mois à compter de la mise en ligne. Ne laissez pas un avis grave en attente : le signalement à Google n'interrompt pas ce délai.

    Sources officielles

    Ce contenu est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.

    Un avis vous semble contestable ?

    Nous l'analysons gratuitement et vous disons par écrit s'il existe un motif sérieux de suppression.

    Faire analyser un avis