Avis Google diffamatoire : quand et comment agir

    Beaucoup d'avis négatifs sont qualifiés de « diffamatoires » par les entreprises qui les subissent. Juridiquement, la diffamation est une notion précise, distincte de l'injure, du dénigrement ou de la simple critique. Bien qualifier l'avis est la première étape : elle détermine les démarches possibles et les délais à respecter.

    Rédaction avis24 · Mis à jour le

    La définition légale de la diffamation

    L'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse définit la diffamation comme « toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé ». Un avis publié sur Google, accessible à tous, peut constituer une diffamation publique.

    Trois éléments doivent être réunis :

    • un fait précis, susceptible d'une preuve et d'un débat contradictoire (« ce garage facture des pièces qu'il ne change pas », « le gérant a volé ma carte bancaire ») ;
    • une atteinte à l'honneur ou à la considération : le fait imputé est de nature à déconsidérer la personne visée ;
    • une personne identifiable : une personne physique (le gérant, un salarié nommé) ou une personne morale (la société elle-même).

    L'imputation peut être directe ou indirecte, présentée sous forme de question, d'insinuation ou de rumeur (« il paraît que… »). Ce qui compte est la présence d'un fait précis.

    Diffamation, injure, dénigrement, opinion : bien distinguer

    L'injure

    Le même article 29 définit l'injure comme « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait ». Traiter un commerçant d'« escroc » sans rien raconter de précis relève plutôt de l'injure ; affirmer qu'il a encaissé un acompte sans jamais livrer relève plutôt de la diffamation.

    Le dénigrement

    Lorsque l'avis critique les produits ou les services d'une entreprise, et non l'honneur d'une personne, les tribunaux retiennent en général le terrain du dénigrement, fondé sur la responsabilité civile (article 1240 du Code civil), plutôt que la diffamation. C'est souvent le cas des avis publiés par un concurrent.

    L'opinion et la critique

    « Le plat était fade », « accueil désagréable », « trop cher pour ce que c'est » : ce sont des jugements de valeur, protégés par la liberté d'expression. Ils ne sont ni diffamatoires ni injurieux, même s'ils sont sévères ou injustes. Ils ne peuvent être contestés que s'ils enfreignent par ailleurs les règles de Google, par exemple s'il s'agit d'un faux avis.

    Les moyens de défense de l'auteur

    L'auteur d'un avis poursuivi pour diffamation n'est pas automatiquement condamné. La loi et la jurisprudence lui reconnaissent deux grandes défenses :

    • l'exception de vérité : il peut tenter de prouver que le fait imputé est exact, selon une procédure stricte prévue par la loi de 1881 ;
    • la bonne foi : elle s'apprécie notamment au regard de la légitimité du but poursuivi, de l'absence d'animosité personnelle, de la prudence et de la mesure dans l'expression, et de l'existence d'une base factuelle suffisante.

    Un client mécontent qui relate, sans excès, un incident réellement vécu peut ainsi être relaxé, même si son avis nuit à l'entreprise. C'est pourquoi l'analyse préalable du contenu exact de l'avis est indispensable.

    Un délai très court : trois mois

    Selon l'article 65 de la loi de 1881, l'action en diffamation ou en injure se prescrit en principe par trois mois révolus. Pour un contenu publié en ligne, le délai court en principe à compter de la première mise en ligne, et non du jour où vous découvrez l'avis. Des délais plus longs existent pour certaines infractions particulières, notamment à caractère discriminatoire.

    Concrètement, un avis publié il y a plus de trois mois ne peut souvent plus faire l'objet de poursuites pour diffamation. Il reste parfois possible de le signaler à Google au titre de son règlement, ou d'agir sur un autre fondement selon les circonstances. Notez la date de publication de l'avis dès que vous le repérez.

    Les démarches possibles

    1. Conserver les preuves : captures d'écran datées de l'avis et du profil, lien direct, date de publication. Pour une procédure judiciaire, un constat par commissaire de justice peut être utile.
    2. Signaler l'avis à Google au titre de son règlement (harcèlement, propos haineux, informations personnelles, contenu trompeur…) : voir comment signaler un avis Google.
    3. Adresser à Google une demande de suppression pour motif juridique, via le formulaire prévu à cet effet, en expliquant précisément pourquoi le contenu est illicite au regard du droit français.
    4. Déposer plainte, ou engager une action civile, avec l'assistance d'un avocat. En cas d'urgence, une procédure de référé peut être envisagée.
    5. Si l'auteur est anonyme, demander au juge d'ordonner à Google la communication des données d'identification dont il dispose. Les hébergeurs sont tenus de conserver certaines de ces données et de les transmettre à l'autorité judiciaire qui les requiert.

    Si Google refuse le retrait, plusieurs options restent ouvertes : voir Google refuse de supprimer un avis. Pour une vue d'ensemble des textes applicables, consultez notre page sur le droit des avis Google en France et notre sélection de jurisprudence sur les avis Google.

    Les précautions à prendre

    • Ne pas répondre à l'avis par des accusations ou des menaces : votre réponse publique est elle-même un contenu qui peut vous être reproché.
    • Ne jamais signaler comme illicite un contenu que l'on sait licite : la loi pour la confiance dans l'économie numérique sanctionne le fait de présenter sciemment un contenu comme illicite pour en obtenir le retrait.
    • Garder en tête qu'une procédure peut attirer l'attention sur l'avis contesté. Une stratégie mesurée est souvent plus efficace qu'une réaction immédiate.

    avis24 analyse gratuitement les avis que vous estimez diffamatoires et vous indique si une démarche est défendable. Lorsque le dossier relève d'une procédure judiciaire, il est confié à des avocats partenaires indépendants. La décision finale appartient à Google ou au juge.

    Questions fréquentes

    Une société peut-elle porter plainte pour diffamation ?

    Oui, une personne morale peut être victime de diffamation lorsque le fait imputé porte atteinte à son honneur ou à sa considération. Si l'avis vise seulement la qualité de ses produits ou services, le fondement adapté est plutôt le dénigrement.

    Un avis qui nomme un salarié est-il diffamatoire ?

    Pas nécessairement. Il le devient s'il impute à ce salarié un fait précis portant atteinte à son honneur. Indépendamment de la diffamation, la publication d'informations personnelles peut enfreindre les règles de Google.

    Le délai de trois mois repart-il si l'avis est modifié ?

    La question dépend de la nature de la modification et de l'appréciation des juges. Une simple modification de forme ne fait en principe pas courir un nouveau délai. Mieux vaut ne pas compter dessus et agir dès la première publication.

    Google est-il responsable de l'avis diffamatoire ?

    Google intervient en tant qu'hébergeur du contenu. Sa responsabilité est limitée tant qu'il n'a pas effectivement connaissance du caractère manifestement illicite de l'avis ; c'est pourquoi une notification précise et motivée est importante.

    Sources officielles

    Ce contenu est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.

    Un avis vous semble contestable ?

    Nous l'analysons gratuitement et vous disons par écrit s'il existe un motif sérieux de suppression.

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